Et si j'arrêtais de jouer ?

Publié le 02 janvier 2007, , par Mathieu Chartier - mis à jour le 05 juillet 2009 à: 20h - dans Et si ...

1er janvier, 00h01. Le premier bouchon de champagne de ce qui s’annonçait comme une longue soirée heurte le plafond et le « Bonne Année » de

1er janvier, 00h01. Le premier bouchon de champagne de ce qui s’annonçait comme une longue soirée heurte le plafond et le « Bonne Année » de circonstance résonne dans un brouhaha général. 2007 est là, et avec elle son lot de changements. Quelques heures plus tard, avachi dans un canap’ avec ma bande de potes pas encore assez imbibée d’alcool pour n’avoir aucun souvenir de ce qui allait être décidé, c’est l’heure des bonnes résolutions. Là encore, un sujet de circonstances. Si l’année dernière, j’avais juré arrêter la malbouffe et promis de me mettre sérieusement au sport, les petits bourrelets que je sens la main glissée sous ma chemise me rappellent que je n’avais, une fois de plus, pas pu tenir parole. Mais cette année, c’est différent, car quand eux se juraient d’arrêter de fumer, ce que je n’avais jamais commencer à faire, moi, j’annonçais – comme dans un flash – ma retraite vidéoludique anticipée. « Pas chiche ? », on trinque, l’enfer !

Image Image


Gueule de bois, tronche enfarinée, direction la salle de bain pour une bonne douche chaude. « Damned ! », les souvenirs de la soirée du réveillon 2007 commencent à ressurgir et la scène des sermons avec eux. Ok, pas de panique, coup de fil à un ami – merci Jean-Pierre – et vérification immédiate des faits. Justement, ça "le fait pas", les potes sont tous hyper énervés, ils n’ont toujours pas touché la moindre clope et voilà que je me sens comme obligé de les rassurer. Passages choisis : « Les jeux vidéo c’est du passé. […] Non je n’ai pas encore allumé mon ordi. […] Ouais, je vais me consacrer à autre chose, c’est pas un problème, j’ai plein d’autres passions ! ». Toujours est-il que, première étape, il faut se débarrasser du stock de consoles amassées dans le bureau et sous la table basse, tentations ostentatoires et question de crédibilité. Emballées avec toute l’attention qu’elles méritent, chacune d’elle est minutieusement remise en place dans sa poussiéreuse boîte d’origine et les piles de jeux, délicatement insérées dans des sacs de protection. Quelques allers-retours à la cave plus tard (qui permirent de se rappeler, essoufflé, que les bonnes résolutions de l’an passé n’avaient pas porté leurs fruits), le mal est visuellement éradiqué… et le meuble de TV paraît tristement vide. Allez, je m’offre un petit repos bien mérité et j’allume la TV. Re « Damned ! », Jean-Pierre Pernault et son journal pour lobotomisés du bulbe qui nous explique comment Roger fabrique ses sabots artisanalement dans le fin fond de la Creuse. Affligeant ! Exit la TV, direction l’ordi déjà connecté puisque machinalement allumé au réveil.

Cool, E-Mule a terminé de rapatrier la BO de Okami, j’enfonce mon casque sur mes oreilles. Bon, vous aurez remarqué que je ne suis pas fou, les consoles sont dans la cave, au cas ou il y ait une crise de manque vraiment incontrôlable à contrôler. Mais pour limiter au maximum toute attraction, un nettoyage du disque dur réservé aux jeux s’impose. Tout y passe, Dark Messiah, GTR 2, Darwinia, la bêta de Supreme Commander puis les choses se compliquent, il reste deux dossiers sensibles. D’un côté PES 6, son mode online, son classement, MA place en première division et de l’autre World of Warcraft, mes persos, mes items, MON temps de jeu ! On pourra toujours réinstaller en cas de craquage, mais quand même, il fait 700 Mo le patch WoW 2.0 ! Ok, faisons simple, je renomme mon disque dur « Games » en « Cave », au cas ou... et je me sens mieux. 18h, le téléphone sonne : « Je prends quoi, chorizo ou chèvre, les pizzas de ce soir pour la soirée Wii ? », moment de panique, « Heu sérieux, je sais pas ce que j’ai bouffé hier soir pour le réveillon mais laisse tomber le mal de bide, ça sera sans moi ce soir ! ». Du sursis, voilà ce que je venais d’obtenir ! L’avantage, c’est que sans jeux vidéo, les fins de mois s’annoncent plus sereines. Tiens la Wii au fait, à force de squatter celles des potes pour les soirées, la mienne – réservée depuis un bail mais quand même arrachée de justesse à un pauvre nerd le 8 décembre à la "Fnac des champs" – est toujours dans sa boîte, intacte. Nickel, l’occasion de terminer la journée à « plus 350€ ». Bah ouais, avec Zelda, un Nunchuk et une Wiimote, ma petite-sœur a du se taper un CD gravé en guise de cadeau de Noël. Mais alors que je pensais que le plus dur était derrière, une nouvelle étape, bien plus terrible pour les nerfs commençait : celle des explications et des regards médisants ! A commencer par le caissier de la Fnac, dubitatif quant à ma demande de remboursement sur un article en rupture de stocks depuis presque un mois. « Un problème avec la Wii monsieur ? », « Non, elle est neuve, c’est pour un remboursement ». « Ha le cadeau ne vous plaît pas ? », « Bah si, mais j'ai arrêté de jouer ! ». Rictus, incompréhension, mauvaise foi… mon nouveau quotidien ?

Image Image


Toujours est-il que pour le billet qui fait du bien, il faudra repasser car en bon geek que je suis, je n’ai pas pu résister aux rayons CD, BD et DVD de la Fnac. Mais bon, il va bien falloir s’occuper maintenant que les manettes me sont prohibées. Mais heureusement, la fin de semaine s’est montrée plus clémente. Le calme avant la tempête ? Peu importe. Ma copine de retour apprécie avec beaucoup d’humour la nouvelle, farouchement prête à « en profiter tant que sa durera ». Déclaration qui exprime bien toute la confiance qu’elle place vis-à-vis de ma volonté. Rien de tel pour la renforcer. La visite dominicale au sein du cocon familial fut également assez burlesque. Ma retraite des jeux vidéo se comptait encore en heure mais je me retrouvais pris en exemple par ma mère pour tenter de convaincre mon patriarche de lâcher un peu le paddle. Mais sa Wii est déjà déballée, et Zelda bien entamé entre deux rounds de Counter-Strike et quelques roustes online à PES 6. Difficile à convaincre. Position d’autant plus inconfortable qu’il venait de perdre son meilleur sparring-partner. Pas si glop que cela finalement !

Pendant ce temps là, à force de gagner du temps, la pression des amis – qu’ils soient réels et doutent de ma bonne foi ou virtuels et mécontents – s’amasse et il faut leur donner des réponses. C’est le moment idéal pour feindre le conflit intra-guilde et quitter « Les chevaliers super apocalyptiques d’Azeroth ». Décision qui est plutôt mal prise par les autres membres d’une guilde dont l’organisation occupait les dernières heures de mes nuits blanches. Mon MSN choppe le syndrome du sapin de Noël et ne s’arrête plus de clignoter. Il faut de facto se froisser avec tout le monde et bloquer 62 contacts... plusieurs heures de travail. Pour le clan CS, c’est plus facile – il ne compte que 8 membres – mais tout aussi virulent... effectivement, pas facile de perdre son war-arranger. Et hop, une dizaine d’heures hebdomadaires encore récupérées. C’est bon d’avoir du temps libre ! Enfin, en ce qui concerne le XBox Live, toute ma contact-list du Texas Hold’Em me croit mort. C’est vrai que mes doigts s’engourdissent et sont très froids. Des phalanges qui ne travaillent plus beaucoup. Inquiétant !

Deux semaines ont passé, quelques angoisses, quelques sueurs froides, mais rien de bien terrible. Quelque chose cloche et j’allais vite le découvrir. Arrêter le jeu vidéo m’aura demander tant d’énergie au final que ces quinze jours n’auront pas été de trop pour tenter de mettre de côté ma passion de toujours. Mais c’est à ce moment qu’elle décide de revenir au galop. "C’est la distance qui révèle les plus belles passions", j’avais du lire ça quelque part, et je constate aujourd’hui que c’est assez vrai. D’autant plus qu’avec son nouveau statut grand public, le jeu vidéo se montre partout. Impossible de surfer sur le net sans tomber sur un post qui parle des titres que j’ai précipitamment jeté au placard à peine commencés, impossible de se faire une toile sans tomber sur le magnifique spot publicitaire de Gears of War, toujours à finir en mode dément, ou de faire les mags sans dénicher des t-shirts branchés à l’effigie de Mario. Bon ok, je craque sur les fringues ce n’est pas interdit. Et les tentations se font plus fortes à mesure que j’use le parquet en faisant les milles pas dans le salon. Oui, j’ai plein d’autres passions, mais force est de constater qu’aucune d’elles ne parvient à combler le vide intersidéral laissé par l’absence de jeu vidéo dans ma vie, moi qui n’avais jamais avoué être au moins un peu « addicted ». Je suis en manque. Accroc ? Pour sûr ! Tous les cadeaux alternatifs - livres et DVD, essentiellement - reçus pour les fêtes de Noël sont déjà consommés. Idem en ce qui concerne les chocolats viscéralement engloutis à chaque envie de se jeter sur un pad. Je tourne en rond, et chaque soirée passée sans pouvoir s’offrir une balade virtuelle pleine de relaxation ne fait qu’intensifier mes pulsions. Chaque jour, pressions et tentations se font plus fortes. J’ai honte d’en parler, mais je transpire le manque et mes proches le font gentiment remarquer. Des plus complaisants « Aller, te fais pas plus de mal, joue un coup », aux plus moralisateurs « Arrête, j’ai pas encore touché une cigarette, il y a quoi dans tes jeux ? C’est pire que de la nicotine ! T’as aucune volonté… ». Blessant !

Image Image


19 jours ! La torture arrive à son apogée. Ma vie sociale virtuelle est un désastre et mes neurones sont en ébullition. Les thèmes du manque et de la nécessité de m’auto-infliger ce châtiment rythment la moindre de mes conversations et le seul fait de m’interroger sur le bien fondé de ce que je relate désormais comme « mon expérience » est le signe d’une rémission en cours. M’être privé de plaisirs virtuels pendant cette période m’aura permis, plus que toute autre chose, de comprendre qu’ils étaient devenus nécessaires, indispensables à mon équilibre. Mais est-ce un mal au final ? Psy, suis-je en train de devenir complètement barge ? Craquer ne serait-elle pas la meilleure solution ? 22H23, l’ennuie me guette. Le deuxième épisode de 24 vient de se terminer mais la bouteille de Coca n’est qu’à moitié vide. Le PC, connecté, n’attend que moi pour une fin de soirée en tête à tête. Et mes vieux démons me rappellent : un petit dust2 en terros, une expédition punitive dans la vallée d’Alterac ou un Barça – Manchester de haute volée. Un regard volé par-dessus l’épaule en guise de réflexe, personne ne m’observe, ne serait-ce que mon amour propre. Il s’en remettrait au premier kill ! Les explications ? Qu’importe, je craque, la partie est lancée. The game is never over !
GT HD : disponible sur PS3   DQ : le bon choix de Square ?

Dernières réactions

Kevin - le 02/01/07 à 10:35
Très bon ! :jap:
Kikasstou - le 02/01/07 à 10:37
Et bien la nouvelle année commence bien. Merci pour ce petit récit si réaliste que la parodie n'en est que plus drôle. J'en profite pour souhaiter à toute l'équipe et tous les lecteurs une excellente année 2007.
MatthieuV - le 02/01/07 à 10:55
Bienvenu dans le monde virtuel néo ... wink
Vous n'êtes pas identifié

Pour participer à la discussion, vous devez vous identifier ou vous inscrire si n'avez pas encore de compte sur l'un de nos sites.

  • Tout
  • Hi-Tech
  • Matériel
  • Mac
  • Jeux

Actualités

Les plus commentés

Telex