En ce début d'année 2007 (nous ne sommes finalement qu'au printemps), chaque éditeur doit se positionner de manière à anticiper la haute
En ce début d'année 2007 (nous ne sommes finalement qu'au printemps), chaque éditeur doit se positionner de manière à anticiper la haute saison vidéoludique. Dans ce domaine, l'éditeur britannique Codemasters réalise un plutôt beau début d'année, avec notamment la sortie de LOTR Online, qui est venu placer la société de fort belle manière sur le terrain des MMO. Mais cela n'est pas tout, et nous devrions notamment voir arriver dans les prochaines semaines des titres comme Colin McRae DIRT ou Overlord. L'occasion pour nous de faire le point avec le CEO de la société, monsieur Rod Cousens qui nous a fait l'amabilité de nous accorder un entretien, de passage à Paris. Un entretien dense et très instructif, dont voici la première partie. Où comment passer au crible l'industrie du jeu et ses évolutions...Bonjour M. Cousens, merci de nous recevoir. Première question d’ordre purement général : en tant que CEO d’un groupe aussi important que Codemasters, que pensez-vous de la période que nous traversons, de cette fameuse transition qui s’opère au sein de l’industrie du jeu et qui aboutit à une redistribution des cartes dans tous les secteurs du marché vidéoludique ?
Déjà, il faut bien comprendre que quelle que soit la génération concernée, le marché évolue et grandit énormément. A partir de là et en toute logique, je ne vois pas pourquoi la génération qui s’installe ne ferait pas grandir le marché vidéoludique, c’est un premier constat évident. Mais cette évolution peut se faire de différentes manières, et tout l’intérêt est là. Evidemment, le marché grandit d’un strict point de vue démographique : de plus en plus de gens jouent, c’est l’évidence. Mais il évolue aussi sur un plan plus qualitatif, et notamment grâce à Internet qui permet de former et de souder des communautés autour du monde comme jamais auparavant. C’est évidemment cette technologie qui permet ce qui se passe actuellement. Notre défi consiste donc à créer et commercialiser des jeux qui rassemblent ces communautés, à profiter d’Internet pour souder les gens autour des jeux.Mais jusqu’où est-ce que cela peut aller ? Le marché ne grandira pas indéfiniment. Où en sommes nous de ce processus ?
Bien sûr qu’aucun marché ne grandit indéfiniment, chaque chose a une fin ! Je pense surtout que l’industrie se trouve aujourd’hui confrontée à certains défis. Il faut déjà considérer ce qui peut se passer du point de vue du hardware. Les choses ont beaucoup évolué sur ces 10 dernières années, mais nous n’en sommes qu’au début. Par exemple, j’aurais tendance à penser que les consoles ne pourront pas continuer sur cette voie. Si demain on devait parler d’une PS4 ou d’une Xbox 720, il est envisageable que ces futures consoles soient conçues sur la même base technique, le même processeur par exemple, de manière à ce qu’il y ait une unité. Même des entreprises comme Sony ou Microsoft ne peuvent continuer à produire de telles machines, avec des coûts si élevés tout en n’ayant pour débouché que leur seule machine. L’autre tendance lourde, c’est évidemment le retour en force du PC. La technologie évolue de telle manière que le PC doit redevenir la pièce centrale du dispositif. Sous cette forme ou une autre, par exemple en rapprochement avec la TV, mais le PC revient en force et il faut en tenir compte.
Si demain on devait parler d’une PS4 ou d’une Xbox 720, il est envisageable que ces futures consoles soient conçues sur la même base technique, le même processeur par exemple...
A côté de ça, il y a évidemment tout ce qui concerne le software. Là encore, quelques tendances vraiment lourdes se dégagent, et notamment tout ce qui devient épisodique. On voit bien aujourd’hui arriver le business model d’un jeu qui serait gratuit à la base, mais dont on télécharge ensuite des ajouts au fur et à mesure, contre paiement évidemment. Mais sur le fond, on en revient à Internet, au fait qu’aujourd’hui c’est le consommateur qui a le pouvoir, vraiment. Le marché n’est pas infini ok, mais il reste beaucoup à faire et le consommateur reprend une place centrale : c’est lui qui DECIDE. Et grâce notamment à Internet, puisque aujourd’hui tout y est à disposition. On y achète tout, on peut comparer les prix, voir le produit se télécharger extrêmement rapidement… c’est d’une telle évidence, mais cela force l’industrie à repenser son fonctionnement et à s’adapter à la technologie.
La distribution numérique… voilà un élément très important et qui se dégage clairement dans le traitement de l’actualité. Comment Codemasters se positionne par rapport à ça, quelle politique adopter ?
C’est évidemment essentiel de penser cette évolution et de s’y adapter dès à présent. Mais surtout, la problématique rejoint ce que l’on disait juste avant. Car aujourd’hui, le marché du jeu vidéo évolue, c’est acquis. Mais les marchés dans lesquels il est le plus implanté, les USA, le Japon ou l’Europe, sont évidemment plus difficiles à faire grandir que dans le reste du monde. C’est mathématique : ils sont déjà tellement évolués que les marges de progression sont évidemment plus faibles qu’ailleurs. Il faut donc se tourner vers d’autres régions, et c’est là que le web prend toute sa place. Des marchés comme l’Inde, la Chine, beaucoup de choses restent à y faire même si dans certains cas (l’Inde par exemple) la pénétration du hardware reste lente. Mais les choses avancent, la technologie progresse lentement et Internet doit être un moyen de s’y développer rapidement. Si le web est un moyen d’ouvrir les vannes de ces pays, cela devient massif !
Quid de l’Europe justement ? Considérée comme le parent pauvre du jeu vidéo. Il y a encore un fossé entre l’Europe et les USA ou le Japon… un fossé que l’on peut réduire ?
Ce fossé ne sera probablement jamais refermé à 100%, jamais. Mais dans le même temps, il est certain que l’Europe a les moyens de se rapprocher, et heureusement ! On parle de cela, et je repense à l’époque où je venais en France et où je m’extasiais devant le Minitel ! La France était leader en la matière, et cela m’a toujours fasciné. Il y a en France, en Grande-Bretagne, une vraie culture de l’innovation. C’est historique d’ailleurs ! Il y a un véritable appétit de technologie qui fait qu’aucune raison valable ne justifie que l’Europe reste encore longtemps à la traîne dans le domaine du jeu vidéo. A ce sujet, l’autre point important est sans aucun doute le jeu sur mobile. Si vous regardez l’implantation des mobiles dans le monde, vous voyez que proportionnellement l’Europe est plutôt en avance, contrairement à ce qu’on pourrait croire, car la pénétration y est très rapide. L'Europe a une carte à jouer, dès à présent...
Il est clair que les téléphones portables permettront vite d’interagir de manière poussée avec les consoles et le PC...
Parlons donc du jeu sur mobile, très bonne idée. Nous allions y venir de toute manière…
Ecoutez… déjà, je crois avant tout à l’entertainment, à la force de ce marché aujourd’hui. Et dans le même temps, je crois que la mobilité fait aujourd’hui partie intégrante de nos comportements au sein de nos sociétés. Je dînais encore avec quelques amis hier soir, et la question est venue sur le tapis : comment vivions nous sans portables (rires) ? Nous avons des enfants, et nous les équipons évidemment de portables, car nous ne pouvons plus faire autrement. Et eux, ils font avec, s’en servent 24/24h, trichent même en classe avec ! C’est devenu aussi naturel que de se considérer autant Européen que Français ou Anglais. Cela fait désormais partie de leur éducation, et il est évident que la MOBILITE au sens large du terme fait partie d’eux et doit donc être pensée par l’industrie du jeu vidéo. Il est donc logique que le portable devienne aussi et surtout un outil d’entertainment, surtout que la technologie évolue extrêmement rapidement. Aujourd’hui, les jeux sur portables en Europe sont encore très primitifs, mais cela ne durera plus longtemps. Alors le JEU, le vrai va commencer, commence d’ailleurs à y faire son apparition et ouvrira les portes d’un nouveau public, d’une audience plus large. On retombe encore sur cette idée du marché en évolution et de son agrandissement ! Je le crois d’autant plus que bientôt, il est clair que les portables permettront d’interagir de manière poussée avec les consoles et le PC. On peut facilement imaginer de jouer sur son PC, devoir s’arrêter pour sortir, télécharger la suite sur le portable et continuer à prendre de l’xp en chemin ! Et je vous avoue que pour moi qui vois évoluer le jeu vidéo depuis plus de 25 ans déjà, cela fait très drôle de voir où nous en sommes aujourd’hui...
(à suivre)
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