Rod Cousens, 2ème partie

Publié le 30 mai 2007, , par Chris - mis à jour le 05 juillet 2009 à: 20h - dans Parole de pro

Nous avons publié il y a une quinzaine de jours la première partie d'un entretien mené avec Rod Cousens, le CEO de Codemasters de passage à Paris.

Nous avons publié il y a une quinzaine de jours la première partie d'un entretien mené avec Rod Cousens, le CEO de Codemasters de passage à Paris. Un entretien dense, au cours duquel nous avons pu développer différents thèmes majeurs de la scène vidéoludique. En voici la suite, avec aujourd'hui un retour sur la politique de Nintendo, le marché des MMO et la position de l'Europe au sein de cette grande jungle mondiale qu'est le marché du jeu vidéo. Afin de mieux appréhender les objectifs et contraintes d'un éditeur aussi important que Codemasters, qui entend évidemment ne laisser passer aucune des opportunités qui s'ouvrent actuellement à lui. Le défi est ambitieux... notre homme aussi.

Nous venons d’évoquer la mobilité comme facteur déterminant des comportements vidéoludiques actuels [cf. la première partie, ndlr]. Et forcément aujourd’hui, qui dit mobilité dit DS. Or j’ai un peu l’impression que Codemasters aujourd’hui se situe plus sur une console comme la X360, par exemple, que sur DS. Ai-je tort ?


ImageDisons que les choses sont un peu plus compliquées (rires) ! Tout d’abord, il est évident que je suis personnellement très impressionné par les résultats de Nintendo, et évidemment un grand fan depuis longtemps déjà. Quel amateur ne le serait pas ? Je pense que ce qu’ils font au sein de l’industrie du jeu depuis plus de 20 ans est absolument incroyable, et que Shigeru Miyamoto est un vrai génie, il est inutile de le nier. Dans ces conditions, il est évident que Codemasters entend soutenir les consoles de Nintendo. Et en même temps, il faut être réaliste : nous ne sommes pas la plus grosse société du monde, nous effectifs de développement se composent de quelques 400 personnes, et durant ces deux dernières années il a fallu s’assurer que nous serions présents sur les consoles de nouvelle génération. C’était un impératif. De plus, la politique de Nintendo via la Wii est assez claire : s’écarter de la guerre des consoles et se positionner comme LA console que l’on possède à côté d’une machine de type X360 ou PS3. Du coup, il est possible de prendre le temps de développer sur la Wii, qui a encore de beaux jours devant elle. Les gens veulent du FUN ! Donc oui, nous soutenons la volonté d’innovation de Nintendo, et en même temps il existe des contraintes claires. Par exemple, il est impossible de porter de manière directe un jeu PS3 vers la Wii. On peut conserver le jeu bien sûr, mais il faut le réécrire. Et cela prend du temps. Je vous invite donc à surveiller le calendrier 2008, où nous devrions être plus présents sur Wii et DS.

Autre sujet d’actualité en général et pour Codemasters en particulier, le MMORPG. Vous venez de sortir LOTR Online, une vraie réussite saluée comme telle par la critique. Or il se trouve que le phénomène MMO est quelque chose de très intéressant, en pleine mutation aujourd’hui. Quel regard portez-vous sur cet aspect de l’industrie ?


Bon... Soyons clairs : le marché du MMO constitue l’un des très gros challenges sur PC. C’est tout d’abord un challenge technique, mais c’est aussi un challenge commercial. Car quand vous analysez le marché actuel, il faut se rendre à l’évidence : il s’agit encore d’une niche. Toutes proportions gardées bien sûr, mais une niche. Et en même temps : une niche en pleine expansion ! Donc en tant qu’éditeur, en tant que créateur de contenu, il faut évidemment être sur le marché du online aujourd’hui si l’on veut encore y être dans 10 ans. L’explosion de la culture à travers le monde aujourd’hui, c’est avant tout une histoire de socialisation par internet. Les MySpace, YouTube… il y a aujourd’hui un incroyable appétit de relations sociales, d’aller vers l’autre, de communauté. En tant qu’éditeur, il faut donc avoir une stratégie visant à étancher cette soif là des joueurs. Mais surtout, il faut avoir une structure capable de gérer localement le contenu en question. Et peu de sociétés sont capables de supporter un tel poids en Europe. Codemasters doit se situer sur cette offre, en prenant les risques que cela impose. C’est pour cela que nous avons déjà lancé quelques collaborations en Corée du Sud, afin de tester notre capacité à gérer cette offre online. Si LOTR prenait aujourd’hui la place de n°1 de World of Warcraft, nous aurions sûrement du mal à le gérer techniquement… comme eux d’ailleurs ! Il faut donc continuer à s’améliorer, mettre en place les infrastructures nécessaires au bon développement de futurs MMO, et tout ceci prend du temps… et de l’argent.

L'Europe est le secteur d’activité le plus créatif, et ce depuis de longues années. Moi je veux bien que l’on me parle de GTA signé Take-2. Mais GTA a été pensé et conçu en Ecosse !

On touche LE problème de ce marché du MMO : son coût. En cas d’échec, il peut être très difficile de s’en remettre financièrement. Le pari WoW de Blizzard n’était pas gagné d’avance…


Mais chaque développement est risqué, c’est le principe de ce marché ! Cela dit c’est vrai, nous adoptons une approche graduelle de ce marché : bien entendu que Codemasters ne va pas dépenser maintenant des centaines de millions dans un MMO. WoW est un cas très intéressant… je me souviens encore il y a quelques années : Vivendi dans la tourmente, personne ne voulant réellement lancer le projet de Blizzard, beaucoup de scepticisme. Et à l’arrivée quoi ? WoW remplit à lui seul les caisses de Vivendi. Donc oui, tout ceci est risqué. Mais il faut prendre ce risque, le mesurer et le gérer. LOTR Online est une franchise en laquelle nous croyons beaucoup, et sur laquelle nous allons travailler pendant au moins les 5 prochaines années, voire sur une dizaine d’années. Nous avons une nouvelle licence en préparation qui devrait être lancée d’ici 18 mois, sur laquelle nous travaillons beaucoup, et nous devrions trouver une forme de régularité (tous les 2-3 ans) dans la sortie de différents MMO. Au final, la stratégie de Codemasters est claire : nous avons les MMO, et puis aussi les nouvelles machines. Il faut compter sur les consoles portables, et la téléphonie. Et au milieu de tout ceci, il y a les possibilités ONLINE. Nous sommes parfaitement placés sur ces différents enjeux, et tout consiste maintenant à les lier en une politique éditoriale cohérente. Cela ne va pas sans risques, évidemment. Mais tout le plaisir est là…

Dernier point, l’Europe. Nous en avons brièvement parlé au début de cet entretien [cf. la première partie, ndlr], mais cela vaut la peine d’y revenir. Quid de la position de l’Europe sur le marché pour vous, en l’occurrence l’un des acteurs majeurs de la scène vidéoludique européenne ?

Bien entendu, le fait que je sois européen me donne un certain point de vue sur la chose. Un collègue américain ne raisonnerait peut-être pas de la même manière. Mais une chose me paraît certaine : le marché présentant le plus de potentiel est le marché européen. C’est aussi le secteur d’activité le plus créatif, et ce depuis de longues années ! Moi je veux bien que l’on me parle de GTA signé Take-2. Mais GTA a été pensé et conçu en Ecosse ! L’Europe constitue clairement un pôle d’activité particulièrement actif, surtout si l’on intègre des pays récemment européens comme la Pologne, qui est par exemple un véritable TGV en matière de développement vidéoludique. Le marché japonais est intéressant… évidemment il s’agit du point de départ du jeu vidéo tel qu’on le connaît aujourd’hui. Nintendo d’abord, SEGA, maintenant Sony… des acteurs inévitables. Mais la situation a changé depuis une vingtaine d’années. Les éditeurs japonais ne peuvent plus faire l’impasse sur l’ouverture vers l’ouest. Les retours sur investissement nécessaires ne peuvent être simplement réalisés sur le seul territoire japonais. C’est LE gros changement qui fait que les éditeurs doivent aujourd’hui se tourner beaucoup plus vers les USA, et l’Europe bien entendu. Qui ne devrait pas longtemps rester en troisième position, ou en tout cas si loin dans les considérations de certains éditeurs...
Crysis et ses partenaires...   Test : Theme Park DS

Dernières réactions

Kikasstou - le 30/05/07 à 16:08
Rod Cousensles éditeurs doivent aujourd’hui se tourner beaucoup plus vers les USA, et l’Europe bien entendu, qui ne devrait pas longtemps rester en troisième position, ou en tout cas si loin dans les considérations de certains éditeurs...
Puisse t-il dire vrai ce saint homme Y'en a marre d'être considéré comme le tiers monde du JV. heureusement que des société comme Capcom montre la voie à suivre.
Rampa - le 30/05/07 à 16:13
la voie a suivre? portage wii foireux? lol
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