Etablissement médical à thème
Les jeux du vénérable (et défunt) studio Bullfrog sont à l’honneur ces dernières semaines. L’hommage est plus ou moins direct puisque si Theme Park est sorti quasiment tel quel sur DS, l’Hospital Tycoon publié par Codemasters n’est pas une adaptation officielle de Theme Hospital. Entre ces deux jeux, pourtant les points communs abondent à commencer par l’humour omniprésent et l’esthétique cartoon. Année 2007 oblige, l’établissement confié à nos mains expertes est en revanche intégralement en 3D. Pour un renouveau en forme de feu d’artifice ? N’exagérons rien. Les ambitions de ce jeu de gestion sont modestes, trop à l’évidence, et sa réalisation malheureusement pas sans tâche.
L’hôpital, moins on y séjourne, mieux on se porte. C’est sûr, mais depuis la série Urgences, on en sait un peu plus sur son fonctionnement. Les jours s’y suivent et ne se ressemblent pas, pour les visiteurs mais aussi pour les permanents. Hospital Tycoon joue sur les deux tableaux. La pris en charge des malades bien sûr est la raison première de l’établissement. On doit s’assurer de leur bien être depuis leur arrivée à la réception jusqu’au traitement proprement dit, en leur délivrant les médicaments appropriés ou encore en les accueillant au bloc opératoire. Entre temps il faut les examiner, leur faire passer une batterie de tests à l’aide d’équipements perfectionnés comme les scanners. Les pathologies dont ils souffrent sont toutes plus délirantes les unes que les autres et agrémentées d’effets rigolos comme l’ampoulopathie qui les fait luire à intervalle régulier. Vos connaissances au départ sont inexistantes. Chaque maladie doit donc être étudiée pour trouver la façon de les soigner. Et les moyens mis en œuvre pour favoriser la guérison. Mais dans la grande tradition des jeux Tycoon, en tant que gestionnaire de l’établissement on doit aussi y gérer des tas d’autres paramètres. Leur séjour dans vos murs doit être le moins pénible possible et pour cela il faut aussi veiller à rendre les lieux accueillants et pratiques en leur fournissant les services dont ils ont besoin (WC, distributeurs de boissons).
Et puis côté soins, un hôpital ce n’est pas que du matériel mais aussi des tas de corps de métier complémentaires : concierge qui passe le balai, chirurgien qui tient le bistouri, techniciens chargés de réparer les machines en mauvais état, etc... Votre job est aussi de vous assurer que tout ce petit monde cohabite en harmonie. Hospital Tycoon ne s’en cache pas, il s’inspire pas mal dans sa campagne solo des shows télé sentimentaux en milieu hospitalier. Mais moins de Grey’s Anatomy que la Clinique de la Forêt Noire. Les cinématiques en effet s’attardent sur un ton très léger sur les amourettes entre docteurs et infirmières. Pas grand-chose de passionnant à se mettre sous la dent avec dialogues neuneus second degré et situations convenues, mais une fois revenu à la partie, le joueur doit jouer les entremetteurs, pour une poignée de main et plus si affinités entre les personnages. Quand on clique sur un de ses employés, on peut lire avec qui il s’entend bien et avec qui les relations sont plus tendues. Chacun son petit caractère et il faut alors tenter soit de pousser les affinités jusqu’à créer des couples, soit de désamorcer les conflits en les amenant à plaisanter ensemble. Du micromanagement à la Sims en somme. L’idée n’était pas mauvaise mais en pratique c’est un peu compliqué. On a parfois du mal à distinguer les personnages et à les retrouver rapidement dans les méandres des couloirs et salles. Surtout que des bugs s’en mêlent à l’occasion et interdisent momentanément d’en sélectionner un. Pénible dans un jeu en temps réel.
L’interface, bien que limitée, n’est pas un modèle de clarté. Pas évident de se souvenir de quel spécialiste travaille dans quelle salle et avec quels équipements.
La gestion du personnel c’est aussi des ressources humaines pures et dures. Il faut s’assurer que ses membres ont de quoi se détendre avec des salles de repos suffisamment cosy et garder un oeil sur l’évolution de leurs compétences. On peut même leur faire subir une formation accélérée de façon assez comique via un appareil emprunté à Orange mécanique : on les rive devant un mur d’écran lobotomisant mais leur permettant de se perfectionner dans leur spécialité. Lesquelles sont nombreuses : pathologistes, laborantins, radiologues, experts ès maladies contagieuses… et il faut équilibrer leur nombre en embauchant ou en licenciant en fonction de ses besoins et de l’afflux de malades. Tout cela est assez bien expliqué dans les premières missions, mais une fois les bulles d’aide disparues pour de bon on a tendance à être un peu paumé : l’interface en effet, bien que limitée, n’est pas un modèle de clarté. Pas évident de se souvenir de quel spécialiste travaille dans quelle salle et avec quels équipements. Et quelle taille fait telle ou telle machine, détail pourtant d’importance puisque si elle est trop grande, la pièce qu’on a construite pour l’accueillir devra être refaite. Avec une présentation sous la forme d’un arbre de compétences, il eut sans doute été plus aisé de se repérer. Surtout qu’on manque un peu de recul. La caméra est certes libre et permet de zoomer, et même de se glisser en vue subjective gadget dans la peau des personnages, mais le dézoom lui n’est pas assez puissant malgré la possibilité d’activer une vue aérienne.
L’autre problème ce sont les objectifs, pas toujours clairs. Ou intéressants à atteindre. Quatre éléments décident de la note attribuée par un inspecteur à votre établissement : la qualité des soins reçus, l’humeur du personnel, sa compétence et enfin l’esthétique de l’hôpital. Et ce dernier point est extrêmement contraignant. Pour ne pas avoir envie de fuir une fois franchie la porte de l’établissement, les patients doivent évoluer dans un cadre plaisant à l’œil. Sur le fond, rien de choquant. Mais en pratique, cela suppose de meubler soi-même les couloirs, en apposant ici ou là des posters, en disposant quantité de pots de fleurs et mêmes des statues ou des fontaines. Fastidieux surtout que la jauge monte très lentement. La mécanique d’Hospital Tycoon dans ces moments là fatigue et surtout ennuie. On trouve le temps long même avec la possibilité d'accélerer le défilement des heures et on se rappelle alors qu’on se sentait mieux dans Theme Hospital. Les graphismes étaient alors en 2D et les animations plus sommaires. Mais sur le fond, le jeu de Bullfrog avait plus d’ambitions. Et un mauvais esprit plus réjouissant. Pas assez prenant dans ses mécaniques, pas assez ergonomique, Hospital Tycon, finit par ressembler aux soaps hospitaliers qu’il entend parodier : sans surprise, accessible au plus grand nombre mais trop superficiel et répétitif pour séduire sur la longueur.
L’idée était bonne : ressusciter Theme Hospital en le modernisant via une réalisation en 3D. Mais son gameplay trop brouillon et pas assez varié font de Tycoon Hospital un produit limité qui ravira un temps les nostalgiques mais frustrera à la fois les fanas de gestion et ceux qui auraient aimé se frotter à ce genre avec un jeu pas trop difficile et visuellement accessible. Avec un peu plus d’ambitions et de soin apporté à l’interface, ce titre aurait pu réussir son coup. Tout cela est largement améliorable pour un éventuel second épisode de cette saga en milieu médical.

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