Au début, c’est une accroche de couverture plutôt prometteuse qui attire l’œil : "Halo 3, et si vous lisiez enfin un avis honnête sur ce
Au début, c’est une accroche de couverture plutôt prometteuse qui attire l’œil : "Halo 3, et si vous lisiez enfin un avis honnête sur ce jeu ?", nous propose le bimensuel Canard PC dans son édition du 15 octobre 2007. Et après tout, pourquoi pas ? Le FPS de Bungie (sorti fin septembre sur X360) a tellement fait parler, il s’est offert une telle couverture médiatique, que la promesse d’un peu de recul sur ce mastodonte vidéoludique ne peut pas faire de mal. Alors on ouvre le magazine. Et dès la première page, c’est un édito très enflammé qui ouvre le bal de ce qui s’annonce en réalité comme un règlement de compte en bonne et due forme : "Merci Halo 3. Merci d’avoir révélé le vrai visage d’un pan entier de la presse de jeu vidéo mondiale, celle qui se fout totalement des qualités (ou des défauts) d’un jeu, mais qui préfère récompenser le plan marketing et le budget publicitaire tout en se pliant aux vociférations d’une bande de fanboys sur internet".Ces rares voix dissonantes, auxquelles nous ajoutons la notre quelques pages plus loin, ne pèseront pas bien lourd face à l’armée de journalistes moutons". Bigre...
Bigre. Nous voilà remis à notre place, pauvres imbéciles sans cervelle qui avons osé parler de manière élogieuse de Halo 3. Mais ça n’est pas fini, le coup de grâce est à venir : "Qu’importe, ces rares voix dissonantes, auxquelles nous ajoutons la notre quelques pages plus loin, ne pèseront pas bien lourd face à l’armée de journalistes moutons qui ont mis la note qu’on leur a dit de mettre". Le mot est donc – presque – lâché : vendus ! Vendus, les journalistes qui n’ont pas su faire abstraction de l’abominable plan médiatique de Microsoft pour vendre son jeu ! Vendus, les sites web (US et européens) qui ont noté très largement un jeu qui mérite à peine que l’on s’y attarde. Vendus… sauf Canard PC et quelques autres. L’honneur est sauf ?
Sauf qu’à bien regarder le test qui suit ce cinglant édito, une impression de malaise commence à s’emparer du lecteur que l’on est avant tout (en l’occurrence, avant de faire justement partie de la cohorte des journalistes moutons) : car le papier rédigé par le sympathique Omar Boulon n’est en rien "l’avis honnête" que l’on nous promettait en couverture. A la place du beau test promis, c’est un article haineux et approximatif qui s’étale sur deux pages. Morceaux choisis : "Voilà deux heures que je cherche un moyen de tester Halo 3 sans traiter ses fans de demeurés, ses développeurs de clowns pétris de mauvais goût, ses acheteurs de pigeons et les testeurs qui lui ont accordé des notes dithyrambiques de gros vendus. [...] Car Halo 3 est tout ce que nous détestons chez Canard PC : un jeu vide de substance, une licence surexploitée jusqu’à la moelle, au gameplay daté n’apportant rien de nouveau au genre ou au joueur". Voilà le jeu lui aussi rhabillé pour l’hiver !

Halo 3, vrai mauvais jeu ou bouc émissaire ?
Vous nous direz que les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Certes. Mais lorsque l’on prétend remettre les pendules à leur place et renvoyer les confrères à leurs études, autant d’acharnement et de mauvaise foi réunis dans un seul et même article, cela commence à faire beaucoup. En vrac et dans le désordre, on notera que l’auteur du papier reproche à Halo 3 de voler à d’autres ce qu’il a lui-même participé à démocratiser dès le premier volet de la série en 2002, à savoir le système de régénération automatique de l’armure du héros. Etonnant aussi, le passage sur la "crédibilité" du comportement supposé des armes, sauf à considérer que quiconque ici espère une quelconque recherche de crédibilité dans un shoot aussi futuriste. Déroutant enfin le passage sur l’aspect online du jeu, dont on sait à quel point il importe dans le rendu final de Halo 3 et qui ne bénéficie que de quelques lignes tout en retenue : "le reste est convenu, limite pitoyable". Aucun détail sur le contenu. Rien. Nada. Mais évidemment, après quatre colonnes de dégommage en règle, il faut bien rendre l’antenne…
Du coup évidemment, on en vient tout de même à se demander ce qui vaut à Halo 3 - et à la presse - un traitement aussi radical...
Et tout ceci pour un magnifique 04/10, "pour rééquilibrer" comme nous l’explique gentiment ce bon Omar Boulon. Du coup évidemment, on en vient tout de même à se demander ce qui vaut à Halo 3 un traitement aussi radical. D’autant qu’à la limite, Canard PC traitant comme son nom l’indique du jeu PC, on se demande quelle mouche a piqué sa rédaction de s’atteler à un tel test. Sauf à considérer que le dénigrement fait toujours vendre. Alors procès d’intention pour procès d’intention (pour rappel, le reste de la presse est un ramassis de vendus), nous esquisserons ici quelques pistes de réflexion. La plus sérieuse étant que manifestement, et cela fait longtemps qu’on le constate, il semble clair qu’une partie de la presse française (en l’occurrence CPC dans ce cas précis) ne supporte pas qu'un blockbuster aussi imposant puisse s'offrir le luxe d'être réussi. Surtout lorsqu’il vient des USA et d’une firme aussi puissante que Microsoft. Aussi, la tentation de remettre à sa place une presse US toujours prompte à surnoter ses jeux maisons est la plus forte, quitte du coup à s’enfermer dans des raisonnements extrémistes qui cadrent mal avec l’objectif initial que s’était fixé CPC : donner à Halo 3 sa juste note.
On regrettera aussi ce décalage total et manifeste entre Canard PC et le public, dont on peut constater chaque jour le plaisir qu’il prend à pratiquer Halo 3 en ligne sur X360, tant dans le versant coopératif (un vrai régal) que dans des affrontements tout simplement jouissifs pour qui sait encore savourer ce genre de plaisirs simples. Non, Halo 3 n’est pas le chef d’œuvre de l’année, personne d’ailleurs ne l’a affirmé hormis quelques sites US enflammés et certaines parutions officielles de Microsoft. Mais non, il ne correspond pas du tout à la description qu’en fait Canard PC dans son édition du 15 octobre 2007. L’honnêteté journalistique, c’est aussi de reconnaître qu’un jeu que l’on n’apprécie pas personnellement est réussi. Cela ne valide en rien la stratégie de communication abrutissante (et bien réelle) de Microsoft, mais cela permet de ne pas faire subir à un (bon) jeu des règlements de compte qui le dépassent totalement. A bon entendeur...
PS : il est évident que si l’envie prenait à la rédaction de Canard PC de s’exprimer dans nos colonnes au sujet de cet article, elle est la bienvenue. Le débat est toujours intéressant, à condition de rester impartial...

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