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Test : Rainbow Six Vegas 2

Publié le 25 mars 2008, , par Mathieu Chartier - mis à jour le 05 juillet 2009 à 20h

Un gameplay bien répétitif

Ubisoft maîtrise ses séries Tom Clancy, lesquelles fêtent cette année leurs dix ans d’existence. Un gage de qualité, pour sûr, même si les choses ont bien changé depuis les premiers pas de chacune de ces licences, à l’image de la série Rainbow Six (R6) qui a su faire évoluer sa formule pour se conformer aux attentes d’un public amateur d’action/tactique, mais pas des prises de têtes qui accompagnaient autrefois le genre. Les puristes regrettent sans doute, mais même en tant qu’ex-fanatiques de R6 : Rogue Spear (1999), il faut avouer que R6 : Vegas avait su nous surprendre grâce à son sens du spectacle, son penchant assumé pour l’action et sa facilité d’accès. Vegas relançait ainsi la série sur de nouvelles bases après de longues années de disette durant lesquelles R6 n’était plus qu’un FPS comme les autres, tentant de camoufler son manque d’ambition tactique derrière la pauvreté de sa gestion de groupe. Comme nous pouvions nous y attendre, R6 : Vegas 2 ne bouleverse rien, et se contente de reconduire les éléments de son prédécesseur qui avaient fait mouche sous couvert d’une nouvelle trame et de quelques évolutions mineures. Au final, les lacunes du titre qui l’empêchent de jouer les premiers rôles restent les mêmes.

« La série Rainbow Six assume cette fois son virage vers l'action, avec cet épisode Vegas. Cette orientation s'accompagne d'une réalisation parfaitement à la hauteur sur X360, et les amateurs de FPS trouveront leur compte dans une aventure joliment mise en scène. Toutefois, il faut bien reconnaître que les aspects purement tactiques du jeu lui confèrent un drôle de statut, un peu hybride et qui empêche de bien choisir son camp […] Dans ces conditions, reste t'il de place pour un Rainbow Six ? Sûrement, mais pas au premier plan », voilà avec quels mots nous accueillions la sortie de R6 : Vegas. Une conclusion qui pourrait presque être réécrite telle quelle pour marquer le verdict de la critique de cette suite. Car en effet, si R6 : Vegas 2 a profité d’une grosse année de développement supplémentaire pour peaufiner certains aspects de son expérience, celle-ci reste toutefois assez frustrante et difficile à appréhender correctement pour l’amateur de FPS. Faut-il prendre R6 : Vegas 2 pour un pur jeu d’action ? Pas vraiment. Faut-il donc s’attendre à un titre dans lequel la tactique prime ? Non plus. En fait, il convient de prendre R6 : Vegas 2 comme un divertissement aux mécaniques très répétitives mais sauvé par sa mise en scène, le rythme accrocheur de ses mission, et sa multitude d’options en ligne.

Rainbow six Vegas 2 - Multi - 25/03/08 Rainbow six Vegas 2 - Multi - 25/03/08

Dans les grandes lignes, il faut savoir que l’IA du jeu – bien en place – est assez stricte pour liquider en quelques secondes n’importe quel joueur un peu trop téméraire. Mais qu’au lieu d’avoir à gérer l’ensemble des groupes d’intervention comme c’était auparavant le cas dans les jeux estampillés Rainbow Six, le joueur n’a à se concentrer que sur la gestion de sa propre unité d’escouade et donc de ses deux acolytes. La progression est donc plus immersive, et si les mécaniques de jeu mises en place par R6 : Vegas 2 sont bien trouvées, elle deviennent vite extrêmement répétitives. Pire, elles relaient une fois sur deux le joueur au second plan, lequel – s’il a donné le bon ordre au bon moment, ce qui n’est jamais très difficile – n’aura plus qu’à admirer à couvert la performance des deux mercenaires qui l’accompagnent, lesquels auront rarement du mal à nettoyer une pièce bourrée de terroristes. Et si une balle perdue venait à toucher l’un deux, une piqûre suffit à les remettre d’aplomb. De quoi ne jamais se sentir trop seul dans le feu de l’action. On avance donc de checkpoint en checkpoint, en se mettant en formation derrière une porte, glissant la caméra-serpent sous celle-ci pour désigner les cibles puis en donnant l’ordre de pénétrer dans la salle pour liquider tout le monde par surprise en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf ». Ces scènes qui se répètent à l’infini dans R6 : Vegas 2 faisant leur petit effet (stress, cris et gerbes de sang) avant de s’installer comme une routine de laquelle on use et abuse pour progresser. Heureusement, quelques variantes sont disponibles : flasher la pièce pour éblouir ses cibles ou encore les enfumées pour les liquider avec sa pair de « night-goggles » sur le nez. Et de temps à autre, il faut se servir du grappin pour faire irruption dans la pièce depuis les vitres dans un fracas de verre et de balles. Là encore, cela fait son petit effet et R6 : Vegas 2 remplit, comme son prédécesseur, son rôle de divertissement hautement spectaculaire, donnant au joueur l’illusion d’en être le héros.

Un profond ennui éclairé de quelques lueurs de génie, voilà à quoi ressemble en définitive la progression de R6 : Vegas 2

Heureusement, R6 : Vegas 2 offre au joueur quelques moments de bravoure bien mérités. Après avoir dû supporter de jouer les spectateurs, chauffé à blanc par ce déluge d’action et la frénésie des diverses scènes qu’il vient de vivre, c’est à lui – enfin ! – d’intervenir. Des interventions qui se doivent d’être radicales. Typiquement, il s’agira de se positionner à couvert derrière un mur, sortir sa lunette de précision et ajuster un ennemi à plusieurs dizaines de mètres pour l’éliminer en un éclair. Cela demande un minimum de pratique, mais génère quelques secondes grisantes. Une petite montée d’adrénaline qui pousse finalement le joueur à vouloir aller toujours plus loin pour vivre des scènes toujours plus surprenantes et se confronter à des situations toujours plus délicates. Un profond ennui éclairé de quelques lueurs de génie, voilà à quoi ressemble en définitive la progression de R6 : Vegas 2. Les amateurs adoreront, les autres craqueront au bout de trois missions.

Des améliorations trop timides

Evidemment, le jeu d’Ubisoft sait mettre en avant les quelques nouveautés qui, bien que minces, apportent un plus par rapport au premier R6 : Vegas. Car si l’on retrouve un gameplay quasi identique (mais pourquoi ne pas avoir scindé en deux les ordres donnés à ses deux partenaires ?!), les bases du premier opus ont clairement permis aux équipes de développement de se concentrer sur la construction rythmique de la campagne solo et son level-design. Mieux pensé, R6 : Vegas 2 est donc un peu plus ouvert que son prédécesseur (ouf !). En témoignent aussi les cartes multijoueur, plus équilibrées et laissant apparaître bien plus de possibilités. Certes on peut désormais tirer à travers tout un tas de matériaux qui ne sont plus « bulletproof » comme les panneaux en bois, et l’on a maintenant la possibilité de taper un sprint pour modifier sa couverture, mais il s’agit là de bien maigres évolutions. Idem en ce qui concerne l’Advanced Combat Enhancement and Specialization. Un terme barbare qui désigne la prise d’expérience du joueur à chaque action bien réalisée, ce qui sert surtout à débloquer de nouvelles tenues et de nouvelles armes, le tout sur 20 niveaux à bourrer d’XP. Des items évidemment réutilisables dans les divers modes multijoueurs, ce qui devrait booster la durée de vie du titre chez les malades de la personnalisation.

Rainbow six Vegas 2 - Multi - 25/03/08 Rainbow six Vegas 2 - Multi - 25/03/08

Des modes de jeu en ligne qu’il convient d’ailleurs de présenter, tant l’intérêt de R6 : Vegas 2 se multiplie une fois joué à plusieurs. Le online est donc le sésame vers des parties jouables jusqu’à 16 joueurs et bénéficiant d’un moteur graphique quasiment aussi performant qu’en solo, ce qui n’était pas vraiment le cas dans R6 : Vegas premier du nom. Et si c’est là une excellente raison de s’intéresser à R6 : Vegas 2, d’autant plus que les divers modes de jeu sont tous très bien calibrés, il convient néanmoins de tempérer ses ardeurs vu les lacunes du mode coopératif. Ceux qui s’imaginaient déjà que la coopération serait un moyen d’éviter les nombreuses frustrations de la campagne lorsqu’elle est jouée en solo se trompent. C’est effectivement un moyen de contourner bon nombre de restrictions du jeu et partager ses tactiques à plusieurs, mais malheureusement, le mode coop ne remplit toutefois pas complètement son rôle. Déjà, impossible de réunir deux amis pour former – à trois – son propre groupe d’intervention d’élite. Il faut se contenter d’inviter un seul ami qui, en plus, jouera le plus mauvais rôle en tant que quatrième larron puisque seul le responsable du groupe dispose d’un accès aux options tactiques. Au final, un joueur passe son temps à donner les ordres, tandis que l’autre essaye de viser assez vite pour ne pas se faire piquer ses cibles par les mercenaires contrôlés par l’IA. On a connu mieux en terme de convivialité. Ce qui est d’autant plus regrettable que la coopération est un aspect souvent plébiscité par les joueurs dans ce genre de titres.

En coop, un joueur passe son temps à donner les ordres, tandis que l’autre essaye de viser assez vite pour ne pas se faire piquer ses cibles par les mercenaires contrôlés par l’IA

Mais comme nous l’avons déjà dit, le propre de R6 : Vegas est d’en mettre plein les mirettes. Et à ce niveau là, on peut dire que le jeu remplit son contrat. Les évolutions techniques du moteur 3D sont perceptibles et si l’ambiance de Las Vegas est toujours aussi flashy, il est évident que le jeu a été optimisé sur de nombreux points. Les quelques textures baveuses toujours présentes sont compensées par un frame-rate quasi irréprochable et une mise en scène toujours plus ahurissante, qui réussit à donner du relief à un scénario bien plat. L’ambiance souvent frénétique des interventions est renforcée par une bande-son tonitruante, laquelle s’apprécie avec un bon casque vissé sur les oreilles ou un système sonore digne de ce nom. Du point de vue de la réalisation, difficile de reprocher quoi que ce soit à R6 : Vegas 2 qui, très propre, fait bon impression… Sur Xbox 360 tout du moins car une nouvelle fois, la version PS3 du jeu souffre de la comparaison et doit endurer quelques bugs qui – on l’espère – seront rapidement corrigés comme ces mitraillages dont la piste son s’enclenche en boucle sans que le joueur ne puisse rien y faire ou ses voix tout simplement absentes de la VF alors qu’elles sont bien présentes en VO. Un petit problème de finition qui ne change rien à l’idée que l’on se fait de Vegas 2 au final. Lui qui est assez symptomatique de la conception des suites chez Ubisoft : optimiser et resservir !

Ceux qui avaient adoré R6 : Vegas seront aux anges. Vegas 2 s’adresse donc en premier lieu aux joueurs auxquels cette approche pour le moins restrictive de l’action/tactique suffit. Pourtant, les lacunes sont énormes compte tenu des tonnes de possibilités que R6 : Vegas avait laissé entrevoir et l’on se voit ainsi servir une sorte d’add-on propre sur lui qui est loin de faire l’unanimité. Spectaculaire et rythmé, R6 : Vegas 2 demeure toutefois un titre hautement répétitif aux mécaniques de jeu tellement éculées qu’elles finissent par perdre toute saveur. Seul le multijoueur en ligne bénéficie d’optimisations qui font plaisir à voir mais malheureusement, le mode coopération manque clairement d’intérêt et de convivialité. Pour nous, ce second opus est donc toujours insuffisant pour permettre à R6 : Vegas de jouer les têtes de file.

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