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Test : Odin Sphere

Publié le 27 mars 2008, , par Mathieu Chartier - mis à jour le 05 juillet 2009 à 20h

Un jeu aussi beau et prenant...

Il y a des soirées comme ça, pendant lesquelles la « old-gen » nous fait de l’œil. Cette Playstation 2 qui nous a fait vivre tant d’aventures et qu’on laisse là, ingrat, à prendre la poussière. Et puis on se dit que tout n’est pas fini, que tous ces bons souvenirs n’ont pas été sacrifiés sur l’autel de la nouvelle génération, son Live et sa HD. Alors heureusement, il y a toujours l’un de ces « derniers grands jeux » de la PS2 qui reste à portée de pad. C’est le cas de Odin Sphere qui vient allonger cette liste gribouillée sur un bout de papier que l’on avait laissé vierge après avoir dégusté l’incroyable Final Fantasy XII (cf. le test). Et si c’était lui, le dernier grand jeu de la PS2 ?

Les nippons de chez Vanillaware ont déjà prouvé qu’ils ne manquent pas d’inspiration avec GrimGrimoire. Et avec Odin Sphere, c’est une nouvelle fois un mélange d’atypique et de mécaniques éculées qu’ils nous servent. Atypique dans la forme, Odin Sphere est avant tout un cocktail coloré particulièrement dépaysant. Cependant, Odin Sphere camoufle au-delà des apparences un fond un peu classique qui tranche avec à la magie des premières heures. Mais rassurez-vous, Odin Sphere reste néanmoins un jeu solide. Explications… Grisdela, fille du seigneur Odin, vient de perdre la vie dans les bras de sa sœur cadette, Gwendolyn. Rongée par une soif de vengeance intarissable, cette jeune guerrière se jette sans réfléchir dans l’immense conflit qui oppose le royaume de son père, Ragnanival, à l’ennemi Ringford aux mains de troublantes fées. Au cœur du conflit, les Psyphers, des cristaux capables de capter l’énergie vitale pour lesquels les deux peuples s’affrontent laissant à chacune de leurs rencontres de vertes plaines maculées de sang. La mort, voilà bien là un thème que Odin Sphere traite de façon particulièrement intelligente et qu’il porte au plus profond de lui-même, ce que le joueur apprendra bien vite à ses dépends. Car ébloui par un déluge visuel de toute première classe, il ne s’apercevra qu’après quelques « game-over » à quel point Odin Sphere peut se montrer intransigeant. En voilà un jeu qui se mérite !

Odin Sphere - Test - 27/03/08 Odin Sphere - Test - 27/03/08

Assimiler trop rapidement le titre de Vanillaware à un strict jeu d’action dans lequel l’habileté pad en main peut faire la différence est une grave erreur


Peut-être trop d’ailleurs si bien que dans la colonne des doléances, cette gestion archaïque et intraitable de la difficulté s’inscrit au premier rang. Un conseil, évitez de vous surestimez et lancez vous dans l’aventure en mode « facile », les premiers gros boss devraient vous conforter dans votre choix. D’un point de vue rythmique, Odin Sphere est une routine qui se répète et qui, à chaque tour, permet au joueur de perfectionner son appréhension des mécaniques de jeu. Car assimiler trop rapidement le titre de Vanillaware à un strict jeu d’action dans lequel l’habileté pad en main peut faire la différence est une grave erreur, l’intégration de l’importance primordiale des objets tout comme celle de ses règles d’évolution étant capitales. Le défi est de taille, on ne le répètera jamais assez, mais c’est là le sésame d’une œuvre visuelle et lyrique qui sublime une trame narrative travaillée juste ce qu’il faut, sublimée par tant d’orfèvreries visuelles qui confèrent à Odin Sphere le titre de pépite. Attardons-nous donc quelques lignes sur cette 2D incroyable de couleurs pétillantes et de précision. Réalisation qui vient coller un dernier coup de pied au cul de cette vieille PS2 que l’on avait presque oubliée capable de tant de merveilles, même si cette dernière souffre clairement à certains moments. Rien que pour ça, les amateurs d’Action/RPG devraient jeter un œil à Odin Sphere. Il faudra certes faire fi des défauts du titre qui n’en manque pas, mais les amateurs de belles choses seraient criminels de passer à côté de cette débauche de génie visuel.

... qu'inaccessible et frustrant

Et pourtant, on parlait de la difficulté. Mais il s’agit là d’un seul des maux qu’il faudra savoir pardonner à Odin Sphere. Déjà, la progression narrative du jeu n’est pas à la portée de tous, Vanillaware ayant pris un malin plaisir à découper son jeu en une grande fresque dans laquelle cinq petites histoires se croisent et se recroisent avant de ne plus se quitter pour former un noyau solide. Un jeu choral auquel il n’est pas évident d’accrocher. Heureusement, un vaste agenda est consultable en permanence pour ne pas s’y perdre, ce qui n’est pas toujours suffisant, mais bon. Il faut donc accepter d’avoir à jouer – longtemps - un personnage après l’autre. Aussi, le jeu est aussi long qu’exigeant, et la répétitivité s’y installe immanquablement, entre les décors pourtant magnifiques que l’on revoit de trop nombreuses fois et les mêmes ennemis qui reviennent inlassablement. Répétitivité aussi dans les mécaniques de jeu. Puisque l’on se frotte souvent à une difficulté exacerbée, il faut s’attendre à rejouer les mêmes zones de nombreuses fois, usant de tactiques différentes et pestant seul face à sa console. Heureusement, le jeu fait l’effort de permettre au joueur de recommencer indéfiniment le même passage en récupérant ses items, ce qui n’est pas un luxe. Et en parlant de mécaniques de jeu, nous sous-entendons également qu’il faille absolument adhérer aux bases du gameplay façonné autour de la 2D qui peut surprendre avec des arènes de combat rondes dans lesquelles on se déplace de façon circulaire. L’interface est toutefois suffisamment soignée pour s’y retrouver assez facilement et les informations nécessaires se récupèrent en un clin d’œil. Enfin, petit topo sur les choix de progression souvent cornéliens auxquels le joueur doit faire face. Lui qui doit se nourrir pour voir ses caractéristiques physiques augmenter et aspirer les particules aériennes lâchées par ses victimes pour renforcer sa maîtrise magique. Des particules, les Phozons, qui servent – dilemme – également à cultiver divers aliments qui, une fois ingérés, permettent d’allonger sa barre de PV tout en remplissant sa barre d’XP. Autrement dit, faire progresser ses caractéristiques ou avancer son leveling, il faut choisir. Et si dans n’importe quel autre jeu, ce genre de choix n’est pas aisé, il devient d’autant plus redoutable dans Odin Sphere qu’il est crucial de ne pas se tromper pour ne pas se rendre la tâche plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

Odin Sphere - Test - 27/03/08 Odin Sphere - Test - 27/03/08


A chacun de savoir si, oui ou non, il aura les nerfs assez solides et suffisamment d’envie pour contourner ces nombreux obstacles et s’offrir l’une des dernières grandes aventures de la PS2

Mais les gens de Vanillaware, eux, ont fait leur choix. Celui de faire un jeu avant tout destiné à un public de hardcore-gamers que rien ne découragera durant la trentaine d’heures qu’il faudra au joueur plutôt doué pour voir le bout du tunnel. Passons sur le mode « héroïque » et l’objectif de finir Odin Sphere à 100%, eux qui doublent carrément la durée de vie de façon un peu artificielle. Un jeu au cœur duquel on trouve bien entendu les combats dans lesquels il faut entrer avec concentration et constance, les récompenses de chacun de ces affrontements dépendant directement de son niveau de jeu et de la manière dont s’est déroulé la joute. Avec sa prise en main rigide mais tellement précise (une fois l’inertie de chaque personnage maîtrisée), ses bidouillages parfois obscures et sa grande répétitivité, Odin Sphere pourra donc très vite lasser ceux qui pensaient venir y faire leur promenade de santé en profitant du paysage. A chacun de savoir si, oui ou non, il aura les nerfs assez solides et suffisamment d’envie pour contourner ces nombreux obstacles et s’offrir l’une des dernières grandes aventures de la PS2. Odin Sphere est tout sauf un jeu parfait. Mais les plus belles œuvres ne sont elles pas celles qui sont assez puissantes pour faire oublier quelques accrocs ?

Le feu et la glace ! Voilà l’image que laisse Odin Sphere, un titre plein de caractère qui inonde de joie grâce à sa réalisation étincelante mais qui est également susceptible de refroidir de nombreux joueurs avec sa structure ô combien rigide. Mettre au point un titre aussi atypique et bien construit est une jolie prouesse. En faire une œuvre graphique aussi forte est encore plus incroyable. Et dans de telles conditions, il fallait oser faire de son jeu un titre aussi exigeant et le réserver à une certaine élite. Un paradoxe que Vanillaware assume entièrement. Si vous pensez que l’impétueux Odin Sphere correspond à vos attentes, n’hésitez pas une seconde. En tout cas, il nous tarde de voir ce que ces studios là nous réservent sur nouvelle génération...

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