C'est sous l'œil de son producteur Pete Hines que nous avons été en droit de poser pour la première fois nos mains sur Fallout 3 à l'occasion de cet E3. Et l'enthousiasme général fit place à l'incompréhension au sortir de cette nouvelle approche. Il se murmure déjà que les fanatiques des premiers Fallout seront déçus. Que se passe-t-il chez Bethesda ?
Malheureusement, Fallout 3 – comme tous les vastes RPG ambitieux – se prête assez mal à l’exercice de l’essai chronométré. Densité du planning oblige, les journalistes n’ont donc eu droit qu’à une petite demi-heure chacun pour arpenter les premiers environnements ouverts du jeu, ceux se situant juste à la sortie du Vault 101. Pete Hines nous invite donc à « faire un tour, en profiter pour tirer sur quelques créatures post-apocalyptiques, profiter du paysage et faire quelques rencontres au campement le plus proche ». L’homme connaît son jeu sur le bout des doigts, aussi nous l’invitons d’emblée à nous guider un minimum histoire de ne pas perdre une minute pour découvrir ce que son titre à de mieux à offrir sur une période de jeu aussi courte. Comme nos voisins, nous sommes alors invités en premier lieu à utiliser le fusil que notre héros brandit fièrement.L’aspect de Fallout 3 que nous avons le plus approfondi, c’est donc les combats. Et à première vue, il ne s’agit pas de l’aspect le mieux maîtrisé de Fallout 3, ou tout du moins pas le plus agréable à découvrir dans le stress de l’événement. Après avoir déniché quelques chiens errants, une araignée géante ou quelques goules, voilà qu’il faut faire parler la poudre. Jouable à la première ou à la troisième personne, les sensations offertes par Fallout 3 lorsqu’il s’agit de tirer au jugé sont à peu de chose près les mêmes. Ce qui équivaut à dire que peu importe le style d’approche choisi, les premiers combats se sont révélés être semblables à ceux de tout jeu d’action moyen, complètement ternes et particulièrement avares en sensations. Une fois quelques balles tirées en rafale, la jauge d’action est remplie, et permet de déclencher le fameux mode en « Bullet Time », si j’ose dire, et ainsi viser plus précisément une partie du corps de ses adversaires, en évaluant les probabilités de réussite de tel ou tel tir. S’ensuit un ralenti suivant au millimètre les coups tirés pour un effet caméra pas forcément réussi et surtout très répétitif bien qu’il soit possible de le zapper. Les combats, que nous reconnaissons n’avoir qu’effleuré, ont donc déçu de par leur classicisme et leur mollesse.
Et si Fallout 3, derrière ces apparences peut-être trompeuses, offrait finalement la grande aventure immodérément permissive, incroyablement ouverte et démesurément immersive qu’il a toujours promis ?
La mollesse, l’autre grand défaut de cette présentation avec des univers vastes (bien que découpés en une multitude de zones de taille moyenne) à découvrir à pied, au rythme d’un escargot. Notre Vault Boy ne sprint pas, et avance raide comme un piquet. Une animation rigide qui caractérise un jeu qui, techniquement, est tout de même apparu daté. Un niveau de détails et des textures nous rappelant clairement à Oblivion, un bref voyage dans le passé, car de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Impossible de ne pas penser à la déception des fans de la première heure qui sortiront de l’Abri par la même porte que nous à la sortie du jeu. Eux qui découvriront un jeu à l’allure générale qui n’a plus grand-chose à voir avec Fallout 1 & 2, et qui devront adhérer à une nouvelle vision de l’ère post-nucléaire, plus proche d’un cybernétisme hésitant à la Mad Max. Eux qui ne manqueront pas non plus de remarquer l’aliasing trop présent, et les textures baveuses. Pourtant, même si de près Fallout 3 est bien criard, il suffit de s’éloigner un peu du téléviseur pour saisir l’impression d’immensité promise et ce regard isolé sur le monde de désolation alentours La déception fait alors le temps d’un regard place à l’ambition. Et si Fallout 3, derrière ces apparences peut-être trompeuses, offrait finalement la grande aventure immodérément permissive, incroyablement ouverte et démesurément immersive qu’il a toujours promis ?
Car il faut se rendre à l’évidence, ces trente minutes de jeu se sont avérées être bien trop courtes pour que nous nous osions à un verdict tranché. Car nous savons pertinemment que la saveur d’un titre à l’ambition de Fallout 3 ne peut s’apprécier sur des aspects aussi précis du jeu. Nous n’avons pu que chatouiller le système de dialogues, entrapercevoir le système de quêtes (sur la piste de notre père, via quelques quêtes secondaires) et tout juste caresser la gestion de son personnage, via le fameux PipBoy… Assurément l’une des bonnes idées d’interface du jeu. Soit bien trop peu d’approfondissement pour un jeu qui a le mérite de vouloir être justement si profond. D’ailleurs, l’attitude de Pete Hines face à nos questions trahissait aisément une certaine confiance démesurée en Fallout 3 qui aura même fini par nous redonner espoir. Et si, comme dans la forme, tout cela rappelle fortement Oblivion, faut-il pour autant craindre que ce Fallout 3 en reprenne les principaux défauts ? L’un de ces défauts que l’on nous promet d’ores et déjà corrigé à la sortie du jeu : l’attentisme des personnages non jouables et un monde qui semble être conçu pour attendre le joueur. Voilà qui manque singulièrement de vie, même dans un monde dévasté. Qu’en sera-t-il du reste ? Impossible de le savoir. Mais une chose est sûre, Bethesda a encore du pain sur la planche.

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