Intéressé par l'essor des nouveaux modèles économiques autour des jeux Free to Play, GamePro.fr est allé à la rencontre de Francis Ingrand, en charge du développement de l'activité jeux chez Nexway.
Gamepro : Bonjour et merci de nous accorder un peu de votre temps. Pouvez-vous présenter brièvement à nos lecteurs le métier de Nexway et les raisons pour lesquelles votre société s'est lancée dans la sphère du jeu vidéo ?
Francis Ingrand : Le métier de Nexway est de proposer du contenu multimédia en téléchargement sur des plateformes en marque blanche. En 2002, nous avons démarré en proposant des logiciels ; à cette époque, la structure du réseau ne permettait pas de proposer du jeu vidéo. Tout naturellement en 2006 lorsque l’ADSL a commencé à se développer à grande échelle, nous avons ouvert une offre dédiée au jeux vidéo. Aujourd'hui, il s'agit d'une part de notre activité que nous souhaitons voir prospérer rapidement.GP : Votre dernière réalisation en date dans ce domaine concerne Dungeon Party, un titre gratuit et multijoueurs édité par Focus Home Interactive. Comment s'intègre précisément le travail de Nexway à celui des équipes de développement du jeu ?
FI : Nous sommes un facilitateur de business, le rôle de Nexway est d’assurer toute la gestion de la boutique, des paiements et du bon déroulement du processus d’achat, notamment via notre portefeuille électronique. Notre solution s’intègre directement dans le jeu et assure une expérience de jeu et un confort d’utilisation des items optimal pour le joueur. Cela permet à l'équipe de développement du jeu de se concentrer sur son métier, à savoir créer une expérience joueur à forte valeur ajoutée. Nous, nous sommes donc là pour fournir les outils qui permettront de monétiser le jeu.
GP : La Corée nous l'a prouvé, le Free to Play mâtiné d'Item Selling est un modèle qui marche. Or les premières expérimentations aux Etats-Unis ou en Europe sont plutôt timides et peinent à convaincre. Quelle est le meilleur moyen de rentabiliser un projet Free to Play ?
FI : Il ne faut pas oublier que la Corée a de nombreuses années d’avance sur nous et qu’il faut laisser le temps à l’Europe et aux Etats Unis de trouver le bon modèle de jeu et le bon prix. Ceci dit, certains jeux de Gameforge ont déjà su trouver leur public et sont une vraie réussite commerciale, notamment en Allemagne. Il est clair que le lancement de jeux sur ce modèle par de grands éditeurs tels qu’Electronic Arts ou Focus va accélérer considérablement la notoriété de ce type de jeux. Il y a donc bon espoir que cela s'accélère rapidement dans le temps.
GP : Faut-il forcément pour cela s'adresser à la cible la plus large possible, ou peut-on envisager des modèles Free to Play sur de plus petites communautés ?
FI : Je pense au contraire que le Free to Play est très adapté à la communauté. Ces jeux étant évolutifs, la communauté a un rôle fort à jouer dans l’évolution du jeu. Les communautés, par nature, s'investissent beaucoup. Et c'est un bien pour le développement du Free to Play qui encourage la réactivité des développeurs du jeu et l'adaptation des environnements de jeu. Après, c'est une affaire de modèles.
GP : Disposez-vous d'outils permettant de tirer des revenus des contenus générés par les joueurs eux-mêmes ? Si oui, pensez vous qu'il s'agisse de pistes viables d'évolution du modèle ?
FI : Les outils sont en cours d’implémentation et nous y réfléchissons beaucoup. Je pense que c’est une piste envisageable mais uniquement dans un second temps, une fois que le jeu a atteint sa vitesse de croisière et trouvé son modèle. Il ne faut pas, dans un premier temps, compter uniquement sur la génération de contenu par l'utilisateur et exploiter cela.
GP : Pour vous, quelles opportunités représentaient l'acquisition de Boonty ? Comment exploitez-vous à ce jour la force de ce distributeur de jeux dématérialisés ?
FI : Pour nous, c’était une activité unique sur le marché. Boonty est une des marques phares de ce marché, présente depuis 2001. Elle vient confirmer notre volonté d’être un acteur majeur du jeu vidéo dans le monde entier. J’ajouterais que le catalogue Boonty s’avère être parfaitement complémentaire à celui de Nexway et nous offre une porte d’entré sur l’Asie où Boonty était très présent.
GP : Le support physique fait de la résistance. Les joueurs sont-ils réellement prêts à passer au tout numérique ?
FI : Oui, cela ne fait aucun doute. Pour les nouvelles générations, le numérique fait partie du quotidien et les années à venir vont voir la consécration de l’ère numérique. Les boîtes prennent de la place, imposent un modèle de distribution aujourd'hui en crise. C'est une évidence. Je sais que beaucoup de joueurs sont très attachés au support physique, tout comme les cinéphiles sont attachés au DVD. Mais avec l'habitude, et le temps, les nouvelles générations imposeront de nouvelles modes de consommation.
GP : Merci du temps que vous avez pu nous accorder, et bonne continuation dans votre entreprise.
FI : Merci de votre intérêt pour Nexway

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