Riche et dense, IG fait une entrée remarquée dans les rayons jeu vidéo des kiosques à journaux. Épais, bien pensé, bien conçu, ce « Mook » n'est pas parfait mais sa formule a du potentiel. Fiche de lecture...
Alors que l'on ne fait qu'entendre que la conjoncture est difficile pour la presse et que les principaux groupes essaient de réussir leur mutation vers l'information en ligne, la presse jeu vidéo donne – elle – l'impression d'échapper à cette spirale. En effet, si l'on ne peut pas nier que la presse jeu en ligne est des plus dynamiques, il faut aussi bien voir qu'en kiosques, les magazines de jeux vidéo se renouvellent. Mieux, les petits nouveaux se démarquent d'un carcan que l'on qualifiera de « traditionnel » et aujourd'hui aux mains de Yellow Media (ex-Future France). Nous avons d'abord, entre autres, eu droit à Virus (très visuel), puis à AMUSEMENT (le magazine objet culturel et classieux), et aujourd'hui à IG, pour In-Game. Un « Mook » - contraction de Magazine et Book - bimestriel édité par Ankama, tiré à 31.000 exemplaires, sans publicité, mais vendu au prix un peu élevé de 8,50€. Un magazine Ankama ?! Et bien oui, sachez qu'en marge de son activité d'édition de jeux vidéo (notamment Dofus et Wakfu), Ankama est une entreprise qui édite aussi des ouvrages tels que les BD Dofus, mais aussi par exemple Mutafukaz, excellente BD imaginée par l'artiste Run. IG est donc une sorte de pont pour Ankama entre ses diverses activités, mais ce Mook a-t-il sa place sur votre table de chevet ?Qu'il s'interroge sur l'impact de la crise sur le jeu vidéo, qu'il revienne sur la saga Ubisoft ou qu'il dresse le portrait de quelques travailleurs de l'ombre du jeu vidéo, IG le fait avec la distance et la sobriété nécessaire
Après avoir parcouru les 244 pages qui composent ce premier numéro daté mars/avril 2009 et qui offre sa couverture – très sobre – à l'inévitable Street Fighter IV, nous pouvons affirmer que oui ! Et pourtant, nous étions a priori plutôt dubitatifs. Il faut dire que la première partie d'IG est réservée aux tests, et que ces 80 pages de critiques (!) ne nous ont pas emballé. Sponsorisée par GameBlog et PocketGamer, cette partie test très exhaustive n'a rien de très frais, et se révèle même épuisante au contraire, malgré ce que promettait l'édito. C'est donc déçus que nous nous sommes jetés sur les deux rubriques qui, à notre sens, sont les plus réussies dans le magazine et qui s'intéressent à l'industrie du jeu vidéo. Qu'il s'interroge sur l'impact de la crise sur le jeu vidéo, qu'il revienne sur la saga Ubisoft ou qu'il dresse le portrait de quelques travailleurs de l'ombre du jeu vidéo, IG le fait avec la distance et la sobriété nécessaire. Le choix des articles est cohérent, leur enchaînement aussi, et IG nous propose au coeur du magazine un dense cahier informatif sur le jeu vidéo, vivant au travers de personnalités remarquables, et profitant de la maquette du magazine qui – là encore – aura su nous convaincre les tests passés.
Quant à la dernière partie du Mook, elle est intelligente dans le sens où, plus fraîche, elle transite habilement vers la culture jeu, l'anecdote, le léger. De questions ambitieuses (type : les jeux rendent-ils intelligents ?), IG tisse des articles assez malins, tandis que la partie Retro ne survole pas son sujet en s'attaquant à des rétrospectives méticuleuses (Apple, SEGA, les jeux de baston). Sans être aéré par aucune publicité, IG donne l'impression d'être lourd. Normal pour un Mook qui occupera plus d'une de vos soirées, et qui a compris que la presse jeu vidéo écrite se devait de dépasser la news pour s'enrichir à grand renfort de dossiers et d'analyse. Seul bémol, l'ensemble – certes encore en rodage – manque encore d'opinions, mais pas de pertinence. Un ouvrage de qualité et différent qui mérite le coup d'oeil.

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