Il en fallait bien une ! De quoi parle-t-on ? D'une déception... En effet, alors que tous les gros jeux de la fin d'année ont tenu leur rang, il fallait bien que l'un d'entre-eux réussisse à nous décevoir. Lui, c'est The Saboteur, le dernier jeu de Pandemic sous la houlette d'Electronic Arts.
The Saboteur est un titre très ambitieux, qui avait réussi à nous faire saliver avec son Paris de l'occupation comme terrain de jeu, ses rouages empruntés à GTA, ses phases de varappe façon Assassin's Creed, ses cabarets olé-olé et sa patte graphique jouant avec le noir et blanc. Malgré tout ça, au moment de prendre la manette en mains et de se projeter dans la peau de Sean Devlin (le résistant venu d'Irlande moins insupportable à jouer qu'un parigot pour l'américain moyen) la magie n'opère qu'à moitié. En effet, alors que les premières séquences de jeu posent habilement les bases du gameplay et installent l'univers, The Saboteur lève ensuite peu à peu le voile sur ses vraies carences. Des défauts plus ou moins gênants qui, cumulés, finissent par gâcher en partie l'expérience de jeu. Si bien que The Saboteur finit par agacer, alors qu'il avait pourtant tout, sur le papier, pour nous emballer pleinement.
Bien sûr, technique et game-design sont directement mis en cause dans nos griefs. Textures qui apparaissent à retardement, animation très rigide, modélisation sommaire et duplicata très prononcé des divers éléments de level-design ne passent pas inaperçus. Aussi, très vite le jeu nous invite par exemple à nous emparer de quelques bolides d'époque. Des tacots plus ou moins prestigieux qui ne génèrent que trop peu de sensations une fois que l'on se glisse derrière le volant. La faute à un moteur physique vieillot, une direction pas forcément bien gérée et une vitesse de croisière poussive... moteurs d'époque oblige. Résultat, les courses poursuites sont inintéressantes, surtout que la gestion de l'IA côté « recherche » laisse à désirer. En effet, il suffit de quitter la zone de recherche une seconde pour être instantanément oublié par les nazis. Rien de grave, sauf lorsque le jeu nous propose de voler la voiture d'un gradé SS, et que même criblé de balles, on peut traverser tout un régiment nazi sans avoir réparé sa voiture, ni même changé les plaques, et ce dans la minute qui suit sans avoir peur d'être inquiété. Là, on se dit forcément que quelque chose ne tourne pas rond avec l'IA.
Et cela se corse lors des phases d'infiltration lors desquels ont peut revêtir un uniforme nazi pour se faciliter la tâche... A condition d'avoir tué discrètement, et sans laisser de trace, un officier allemand. Car une fois Sean maquillé dans la peau d'un envahisseur, le jeu impose de se comporter convenablement et de ne pas trop approcher des nazis pour ne pas être démasqué. Et même si à mesure que l'on progresse dans le jeu nos facultés de camouflage progressent, les missions dans lesquelles l'IA pose problème sont nombreuses, transformant certains passages apparemment simples en véritables sacerdoces. Résultat, on préfèrera souvent terminer ses missions par la force, en sortant l'artillerie lourde et en faisant sauter les casques allemands par dizaines, à moins que l'on préfère le sadisme d'un lance-flamme. Ce qui nous renvoie directement aux problèmes de prise en main et d'IA, puisque lors des pures phases de shoot, on constate malheureusement que la visée n'est pas des plus agréables, que la gestion de ses armes est un peu laborieuse, que l'on aurait vraiment aimé avoir droit à un système de couverture qui tienne la route et, enfin, que les ennemis ont des réactions vraiment stupides. Soit des défauts déjà vus dans le dernier Mercenaries que Pandemic n'a visiblement pas trouvé le temps de corriger en en ressortant le moteur.
Car tous ces signes ne trompent pas, ils sont ceux d'un jeu sorti à la hâte, sans laisser le temps nécessaire à son concepteur de peaufiner autant de petits détails qui, ici, s'avèrent rédhibitoires en ce qui nous concerne. Car des idées, The Saboteur en a plus d'une dans sa besace. A commencer par l'utilisation du noir & blanc qui, en plus d'apporter un certain cachet au titre, permet de juger en un coup d'œil la progression de la résistance sur la carte. Autre bonne idée, l'aspect contrebande qui permet – via de nombreuses missions secondaires – de faire progresser Sean et de récupérer auprès de trafiquants d'armes de quoi faire de plus en plus mal à l'occupant allemand en faisant sauter ses installations par exemple. Idem, la possibilité d'arpenter sans limite le zinc des toits de Paris en crapahutant et escaladant façon Assassin's Creed est une bonne idée qui densifie le gameplay et valorise le level-design, tout en nous rappelant des phases de jeu qui nous avaient emballé dans un jeu comme Crackdown. Malheureusement, l'animation hyper rigide du jeu, et son pan technique un peu bâclé, ne sont pas sans avoir un impact négatif côté sensations. Si bien que dans la mise en scène, les dialogues et l'utilisation du scénario, on a constamment l'impression d'être face à un jeu qui fait du sous-GTA. Alors que dans les phases d'exploration libre et d'escalade, on garde également cette mauvaise impression d'être dans un sous-Assassin's Creed.
Malgré tout ces défauts, The Saboteur n'est pas un mauvais jeu. Simplement un titre moyen qui se sauve surtout grâce à son propos, son ambiance, son second degré et son approche fantaisiste mais rafraîchissante de l'Histoire. Où l'on évolue assez librement dans un Paris décomplexé fait de cabarets où vous attendent des filles dénudées, et de bunkers nazis surprotégés que l'on prendra un malin plaisir à faire sauter. Le tout profitant d'un traitement graphique créatif via l'apport des zones en noir & blanc, permettant d'oublier, un peu, les errances techniques du moteur. L'archétype du jeu à se procurer en occasion... Surtout vu la tonne de bons jeux à se procurer d'urgence en cette fin d'année !

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