Les développeurs indépendants créent un fonds d'investissement pour aider leurs pairs. Le début d'une belle aventure ?
La scène indépendante ne cesse de prendre de la vigueur en matière de jeux vidéo et à ce titre, il est intéressant de voir que les développeurs qui ont réussi seuls, sans le soutien d'un éditeur, pensent à venir en aide à ceux et celles qui connaissent les mêmes problématiques qu'eux. Voilà l'objectif d'Indie Fund, un tout nouveau fonds d'investissement pour les développeurs indépendants créé par des développeurs indépendants qui ont eu la chance de connaître le succès. Derrière Indie Fund, on retrouve donc des personnalités telles que Ron Carmel et Kyle Gabler (World of Goo), Jonathan Blow (Braid), Kelle Santiago (flOwer), Nathan Vella (Critter Crunch), Matthew Wegner (Off-Road Velociraptor Safari) et Aaron Isaksen (Amardillo Gold Rush). Leur but ? "Encourager la prochaine vague de développeurs indépendants en leur permettant d'être et de rester financièrement indépendants, en créant une alternative sérieuse au modèle traditionnel de financement du jeu vidéo", comme ils l'expliquent sur le site Internet d'Indie Fund.
Pour des jeux sans éditeurs
Si Indie Fund a déjà commencé à financer certains projets, ces derniers ne seront rendus publics qu'au cours de la Game Developers Conference de San Francisco. Evénement lors duquel Indie Fund tiendra une conférence au titre évocateur : "Indépendants et éditeurs : Réparer un système qui n'a jamais fonctionné". Pour le moment, la liste des projets soutenus est visiblement fermée. Mais elle devrait rouvrir sous peu et il sera possible pour les développeurs indépendants d'entrer en contact avec le fonds d'investissement pour présenter leurs projets.
Beaucoup de développeurs indépendants s'engagent auprès d'un éditeur pour recevoir des fonds sans réellement avoir besoin d'un éditeur
Avant qu'il ne s'exprime au cours de la conférence de la GDC, Ron Carmel s'est rapidement entretenu avec nos confrères de Gamasutra pour présenter Indie Fund. Un entretien dans lequel il a déclaré : "Aujourd'hui, beaucoup de développeurs indépendants s'engagent auprès d'un éditeur pour recevoir des fonds sans réellement avoir besoin d'un éditeur, car ils peuvent généralement prendre à leur charge tout le projet. C'est pourquoi Indie Fund fournit le financement, mais ne s'implique aucunement dans les projets et ne remet pas en cause l'indépendance des développeurs qui continuent à concevoir leurs jeux comme ils l'entendent. Il poursuit : "Les développeurs resteront décisionnaires sur tous les points, nous essaieront simplement de les aider à faire les bons choix en termes de design et de business, profitant de notre expérience dans le domaine".
Combien de jeux ? Combien d'argent ?
Une question subsiste. Quelles sommes sera prêt à délivrer Indie Fund aux indépendants que le fonds souhaite aider ? Sans entrer dans les détails, Ron Carmel signale simplement que les sept membres fondateurs ont investi suffisamment d'argent dans Indie Fund pour assurer le financement de quelques projets chaque année, sur deux ou trois ans. "Si les choses se passent comme nous le souhaitons, nous organiserons de nouveaux tours de table à l'avenir, et sommes prêts à ouvrir le fonds à d'autres investisseurs" précise-t-il.
Cela nous a permis d'engranger suffisamment d'argent pour constituer une caisse minimum pour lancer Indie Fund, plutôt que de devoir aller chercher l'argent chez d'autres investisseurs qui ne comprendraient pas la problématique du jeu indépendant
Bien sûr, l'idée est excellente et il n'y a plus qu'à espérer qu'Indie Fund fasse les bons choix quant aux projets financés pour que le fonds puisse être de plus en plus influent à l'avenir. Il est toutefois étrange de voir qu'une initiative comme Indie Fund n'ait pas existé plus tôt. "2008 a été une année exceptionnelle pour le jeu indépendant. Cela a autorisé la mise en place de deux choses grâce auxquelles Indie Fund est possible aujourd'hui, et ne l'était pas hier. Premièrement, cela a prouvé que le financement d'un jeu totalement indépendant pouvait rapporter de l'argent. Deuxièmement, cela nous a permis d'engranger suffisamment d'argent pour constituer une caisse minimum pour lancer Indie Fund, plutôt que de devoir aller chercher l'argent chez d'autres investisseurs qui ne comprendraient pas la problématique du jeu indépendant." répond Ron Carmel.
Mais alors, Indie Fund peut investir à pertes ? Tout à fait. Si un jeu financé avec l'aide d'Indie Fund fonctionne, son développeur partage durant une durée définie ses revenus avec le fonds. En revanche, si le jeu ne rapporte pas assez d'argent pour couvrir les dépenses, Indie Fund ne touchera pas un centime. "C'est un risque que nous sommes prêts à prendre. C'est aussi pour cela que nous choisiront des projets auxquels nous croyons (...) Notre but n'est pas de financer tous les bons projets indépendants. Nous n'y arriverons pas. Ce que nous voulons, c'est faire prendre conscience à tous que c'est possible" termine le maître à penser de World of Goo.

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