Le départ de deux piliers d'Infinity Ward fait tanguer le navire Call of Duty. Activision Blizzard colmate les brèches et attire l'attention sur un nouveau projet : intégrer un jeu d'action/aventure à la série !
Si Treyarch s'est vu confié les épisodes Big Red One, En marche vers Paris et World at War de la série Call of Duty, cette dernière porte bien entendu surtout l'empreinte de son créateur : le studio Infinity Ward. Un studio primordial pour Activision Blizzard compte-tenu du succès mondial des récents Modern Warfare qui ont su relancer l'intérêt des joueurs pour la série Call of Duty en la transposant dans une univers de guerre moderne.
C'est donc dans ce climat de réussite que – stupeur ! – vient d'être annoncé le départ du studio de deux de ses cadres emblématiques et fondateurs, Jason West (responsable technique) et Vince Zampella (directeur artistique). Des départs qui, si l'on en croit un document officiel vu chez autorités de régulation américaines, prennent des allures de licenciement suite à une enquête interne menée par le département des Ressources Humaines pour non respect de clauses contractuelles et insubordination. Si les personnes concernées par la manœuvre ne sont pas explicitement nommées, le timing est suspect puisque les employés d'Infinity Ward disent ne plus avoir vu Jason West et Vince Zampella depuis plusieurs jours, alors que sur Facebook, le statut de Jason West ne ment pas : « Jason West est en train de boire et est également sans emploi ». Dans la foulée, tous deux retouchent leurs profils LinkedIn et indiquent leur expérience chez Infinity Ward comme appartenant au passé.
Damage Control
Une situation qui a provoqué une mini-crise, surtout que la nouvelle s'est répandue très vite dans les milieux financiers. Pour éviter que le titre Activision Blizzard n'en pâtisse, le « damage control » s'est rapidement organisé, aidé par la réflexion de Doug Creutz, analyste chez Cowen & Company. « Infinity Ward est le second studio le plus important derrière Blizzard pour Activision et il va de soi que la direction du groupe n'a pas fait n'importe quoi. Il est évident que le départ de deux membres fondateurs, et à des postes aussi cruciaux, aura des répercussions sur le travail des studios, mais Infinity Ward ne sortira aucun jeu dans les deux années à venir, il est donc probable que le processus de développement ne soit pas affecté par ces départs (…) La capacité d'Infinity Ward à créer de grands jeux étant surtout le fruit d'un travail d'équipe » explique-t-il dans un discours qui a vocation à rassurer les actionnaires. Il n'empêche que l'histoire joue contre Activision, puisque Infinity Ward avait été formé par des développeurs travaillant auparavant chez Electronic Arts sur Medal of Honor. Or suite à leur départ, les ventes des jeux de la série Medal of Honor s'étaient effondrées.
Un CoD d'action / aventure
Timing encore, c'est sans doute pour tenter d'étouffer la polémique qu'Activision en a profité pour faire plusieurs annonces autour de la licence Call of Duty. On a donc appris que Infinity Ward continuerait à travailler sur le contenu additionnel à venir pour Modern Warfare 2, tandis que Treyarch s'occupe cette année de la création d'un nouveau CoD à sortir cet automne. Aussi, il a été confirmé que le studio développera également un nouveau titre à venir dans la série Call of Duty en 2011. Et ce n'est pas tout, la série Call of Duty va sortir du strict cadre du FPS pour devenir également un jeu d'action/aventure plus traditionnel sous la direction de Sledgehammer Games. Un tout jeune studio formé en novembre dernier par Glen Schofield, ancien directeur de Visceral Games (Dead Space, Le Parrain 2, Dante's Inferno), et le producteur de Dead Space, Michael Condrey. La stratégie de diversification se met en place...
Une structure dédiée
Et ce n'est pas tout, puisqu'un peu comme il l'avait fait pour gérer la franchise Guitar Hero, l'éditeur a décidé de créer une branche de son activité entièrement dédiée à la licence Call of Duty qui a déjà généré plusieurs milliards de dollars de recettes. Une entité qui sera dirigée par Philip Earl, actuellement responsable d'Activision Blizzard dans la zone Asie-Pacifique, et qui aura la lourde tâche de gérer la transition de Call of Duty d'une simple série de shooters en quelque chose de plus vaste, capitalisant sur la notoriété d'une des licences actuellement les plus rentables du jeu vidéo. « 2010 sera une année très importante pour Call of Duty (…) En plus des contenus additionnels, des ventes des jeux du catalogue et de la sortie d'un nouvel épisode, nous sommes très excités par les opportunités d'étendre la licence à de nouvelles zones géographiques, à de nouveaux genres et à de nouveaux profils de joueurs » a expliqué Mike Griffith, PDG d'Activision Publishing. Il évoque ainsi la signature de nombreux partenariats en discussion avec des distributeurs dans les pays émergents et notamment en Asie, région propice pour Call of Duty puisque le jeu en ligne y est très populaire. Mike Griffith a également insisté sur le fait que Infinity Ward restera essentiel, quoi qu'il arrive, à la franchise Call of Duty.
Quel est le résultat de toute cela en bourse pour le moment ? Le titre Activision est rapidement tombé de 1,2% à 10,81$ sur les marchés américains suite à l'annonce du départ des deux cadres d'Infinity Ward. La direction du groupe s'attend néanmoins à ce que le cours de l'action remonte suite à la publication d'un communiqué explicitant l'avenir que l'éditeur prépare à sa licence phare, plus que jamais transformée en cash-machine.
[Mise à jour du 04/03/2010]
C'est officiel, Jason West et Vince Zampella viennent de porter plainte contre Activision, réclamant le paiement de royalties visiblement dues selon leur contrat dans le cadre du développement de Modern Warfare 2. Leur avocat, Robert Schwartz, a déclaré : "Activision a refusé d'honorer les termes du contrat que le liait à ses deux employés et le refus du paiement de ces royalties constitue un acte illégal (...) Plutôt que de remercier et de payer ces deux employés qui ont participé à la réussite de l'un des produits culturels qui a connu le plus de succès au monde, Activision a préféré engager des juristes pour conduire une enquête interne prétexte à trouver des motifs de licenciement valables comme le motif d'insubordination invoqué".
Après tout ce que nous avons donné à Activision, on ne devrait pas avoir à les attaquer pour être payé. C'est honteux" - Vince Zampella
De son côté, Jason West a précisé : "Nous sommes choqués qu'Activision ait décidé de mettre un terme à notre contrat. Nous sommes attristés et touchés car nous avions investi notre âme dans Infinity Ward. Nous avions non seulement formé un studio de classe mondiale, mais aussi rassemblé une équipe avec laquelle nous avons été très fiers de travailler pendant près de dix ans. Je pense que le travail que l'on a accompli parle de lui-même". Quand son ex-collègue Vince Zampella ajoute : "Après tout ce que nous avons donné à Activision, on ne devrait pas avoir à les attaquer pour être payé. C'est honteux". Rappelons tout de même que la licence Call of Duty, créée par Infinity Ward, a déjà rapporté plus de 3 milliards de dollars à son éditeur à ce jour.
[Mise à jour du 05/03/2010]
Le tourbillon médiatique s'intensifie autour de cette affaire désormais baptisée COD-Gate. Nos confrères américains d'IGN ont réussi à mettre la main sur le document officiel, en intégralité, de la plainte déposée hier par les deux ex-cadres d'Infinity Ward contre Activision. On y apprend que Jason West et Vince Zampella réclament au minimum 36 millions de dollars, somme correspondant aux dommages et intérêts, aux royalties dues et aux frais de justice. Mais ce n'est pas tout, dans leur plainte, l'ex-directeur artistique et l'ex-responsable technique d'Infinity Ward entament un combat pour le contrôle de la franchise Modern Warfare. Selon Jas Purewal, juriste anglais spécialiste de la propriété intellectuelle, ils ont tout à faire le droit de revendiquer l'appartenance créative de la licence Modern Warfare, et leurs arguments peuvent être reçus par un tribunal.
« C'est possible et cela pourrait avoir des répercussions énormes sur l'avenir de la licence Modern Warfare. Ils expliquent dans leur plainte qu'ils avaient le contrôle de la licence d'un point de vue créatif, ce qui signifie qu'ils sont parents de nombreuses idées utilisées par le jeu. Ils ont donc tout à fait le droit de demander un veto sur la sortie de contenus additionnels pour Modern Warfare 2 et s'opposer à la sortie de futurs épisodes de la série (…) Je ne connais pas tous leurs arguments, mais si la plainte est solide, ils peuvent clairement aller chercher une injonction qui empêcherait Activision de continuer à travailler sur un jeu Modern Warfare jusqu'à ce que le procès soit terminé » explique ce dernier.
Ils ont tout à fait le droit de demander un veto sur la sortie de contenus additionnels pour Modern Warfare 2 et s'opposer à la sortie de futurs épisodes de la série
Et Jas Purewal de continuer : « Quoi qu'il en soit, Activision devrait se méfier, car si l'affaire génère un procès d'envergure, c'est toute la filiation d'Activision avec ses studios qui pourrait se retrouver au coeur de la polémique. Un procès qui pourrait faire des ravages chez l'éditeur (…) Dans leur plainte, West et Zampella touche cela du doigt, en expliquant qu'Activision imposait des délais de production trop courts, faisant passer la quantité avant la qualité et ne respectant pas certaines lois quant aux conditions de travail de certains employés d'Infinity Ward. Ils évoquent aussi des problèmes de rémunération pour les employés, alors que ces derniers apprenaient de la presse que le jeu se vendait tellement bien qu'Activision engrangeait des centaines de millions de dollars de bénéfices. »
Bien entendu, la réaction d'Activision à cette plainte était très attendue. « Activision est déçu que West et Zampella aient choisi d'utiliser la voie juridique pour régler ce différend (…) Pendant plus de huit ans, les actionnaires d'Activision ont fourni à Infinity Ward tous les moyens nécessaires et le support financier pour que le studio puisse exister et créer de grands jeux. Leur indépendance créative n'a jamais été remise en question. Et ensemble, nous avons fait en sorte qu'Infinity Ward soit reconnu au niveau international, tandis que nous avons oeuvré pour que les employés puissent s'enrichir personnellement et professionnellement. En retour, Activision attendait de ces employés qu'ils honorent leurs contrats et soient dignes de la confiance de l'entreprise (…) Bien qu'Activision ait été extrêmement patient, la décision prise vis-à-vis de West et Zampella n'a pour seuls responsables que les personnes concernées. Quoi qu'il en soit, Activision reste extrêmement attaché à la licence Call of Duty qui lui appartient, et continuera à créer des jeux excitants et innovants pour ses millions de fans à travers le monde », telle est la réponse envoyée par Activision à Kotaku.
L'affaire n'en restera donc pas là, et la Cour de justice de Californie devra vraisemblablement gérer ce procès qui s'annonce des plus tumultueux. Quant à la franchise Call of Duty qu'Activision semble souhaiter exploiter de plus en plus, pas sûr qu'elle en sorte indemne...

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Peut-être pour avoir refuser que leur license chérie soit envoyée à un autre studio? Ou contre un choix éditorial d'Activision la concernant?
Ça serait l'occasion de donner un nouveau départ à ce genre, après leurs départs de EA MoH --> IW CoD --> nouvelle boite & license?
Leurs pages MobyGames:
http://www.mobygames.com/developer...rId,54868/
http://www.mobygames.com/developer...rId,42909/
The studio heads' renewed 2009 contract with Activision affirmed that only Infinity Ward would be allowed to make Call of Duty games set in the modern era, according to the source.
nfinity Ward's two most recent games were 2007's Call of Duty IV: Modern Warfare and 2009's Modern Warfare 2. In between, Activision-owned Treyarch developed Call of Duty: World At War and is expected to making 2010's Call of Duty, keeping with Activision's annual Call of Duty cycle. Infinity Ward, according to conversations Kotaku has had with employees at the studio in the past, is a one-game studio and one committed to two-year cycles. For IW, making a Call of Duty annually would not have been consistent with the studio's current structure. (Tensions between the studios flared up in public online close to the release of World at War.)
Kotaku has continued to hear from sources that Infinity Ward wanted to make either a new intellectual property or a game set in the future — the two projects might be one and the same — but that Activision resisted that.
Ce que j'en comprends : IW voulait garder leur licence CoD, l'utiliser à leur vitesse, et la divertir/lancer une autre licence dans le futur ; Activision veut au contraire l'exploiter le plus possible (vache à lait).
D'où désaccord et départ. Et possiblement un bon redémarrage de ce que IW voulait faire de CoD, mais dans une prochaine nouvelle boite?